Le luxe

7 septembre 2017

DÉFINITION DU LUXE (à portée de tous): avoir du temps

« Quelle est votre définition du luxe ?» demandait un formulaire de recrutement.
« Avoir du temps » ai-je répondu.

Je n’ai pas été rappelée. Of course (et pourtant…)

Dans la thématique de la définition du luxe, aujourd’hui c’est « le temps » qui m’intéresse. Je vais t’expliquer comment petit à petit, le luxe grâce au vide s’est installé en abondance chez moi,  me rendant de plus en plus riche (qualité, temps, sérénité, voire argent).

  • Le vide externe

Pour commencer, connais-tu la sensation d’être libre ? Je parle de la libération de l’accumulation (de l’inutile).

Pourquoi accumule-t-on ? Si ce n’est par crainte du futur ? La peur de manquer ? L’envie de posséder ? Combler les espaces vides ? Au cas où ? Pour plus tard ?

Connais-tu Marie Kondo ? Ce nom est devenu un personnage familier dans mon entourage depuis un moment.

La méthode est simple, tu désencombres tout : ton appart, ta tête, ton entourage, tout. Et de manière pérenne. L’objectif premier est de n’être entouré/e que des biens que tu préfères. Tu n’as plus que des affaires auxquelles tu donnes au minimum la note de 8/10. Tout y passe, ton appartement n’a plus de secret pour toi.
Imagine-toi, faire le ménage/rangement/tri une fois dans ta vie ?
Je passe les détails, il faut le lire ( et s’accrocher. Quand tu te rends compte de la montagne de vêtements que tu as, ça pose question et déprime un peu. Ou lorsque tu sais dès le début que tu vas devoir mettre le nez dans les souvenirs et les photos, il faut aussi s’y tenir.)
J’ai d’abord voulu donner à mon entourage, mais les voir porter ce que je ne voulais plus voir n’était pas forcément une bonne idée.
Vendre. Mais en attendant que les acheteuses/eurs se manifestent, les sacs restent là à attendre, mauvaise idée lorsque tu vas perdre plus (de temps, d’énergie, d’argent parfois) que tu ne vas gagner. A ce stade, le luxe n’est plus l’étiquette des marques mais c’est de voir tout ça partir et vite. Mon échelle pour savoir si je vendais ou donnais était le tarif horaire, combien ça prend de temps de mettre en vente, combien je vais gagner. Si c’est moins que le taux horaire que j’estime décent, je donne.

Une fois que c’est fait, place aux modifications internes.

  • Le vide interne

Petit à petit certains automatismes te quittent. Les intérêts se développent ailleurs. Ailleurs que dans les boutiques, les plans (de vie, de carrière, sur la comète ou les plans tout court, à part ceux des endroits à visiter), les magazines, les comptes photos un peu trop polis, les goûts des tendances suggérées.
Il y a des courses qui apparaissent de moins en moins utiles pour se sentir bien. La course effrénée à la jeunesse, aux achats de rentrée, de Noël, du printemps, d’été, d’hiver, aux promotions, à ce qu’il faut avoir vu ou vécu (pour pas mourir con -> je n’ai jamais compris ces pressions à la con justement), aux médicaments qui calment, agitent, réveillent, endorment, stabilisent, le sac en cuir, la sac en toile, la dernière voiture, le dernier appareil, les chaussures à talons, bref, tout ça, ça apporte quoi au final ?

Être libéré/e de l’envie systématique d’acheter/avoir pour répondre à un besoin, une nécessité qui de toute façon se renouvelle à chaque page d’eshop, saison, tentation, tristesse est très très apaisant.

Pour cela, il faut entrevoir que l’idée de faire de grosses réserves ou posséder plus que tu ne peux jouir ne sert à rien. Si cela ne te parle pas aujourd’hui, un jour peut-être cela fera résonance.
Ou pas.

Cela ne veut pas dire ne plus avoir d’envie mais les envies changent et tu te rapproches un peu plus de celles qui te sont essentielles.

  • Respect

Un jour je suis allée trier des vêtements dans une association. Tout ce qui était avec un trou même  invisible (dans la doublure d’une veste) et réparable, avec un bouton manquant, une tâche partant au lavage, à l’aspect pas neuf devait être jeté. Ils sont tellement submergés de dons que le très bon état avec petit défaut part à la poubelle. Et ce n’est pas vraiment un problème puisqu’il y a des tas de fringues neuves encore étiquetées ! Et oui, en France, même pour les très démunis on fait le tri. Sans entrer dans la discussion de la surconsommation, surproduction, protection de l’environnement ni du travail sous payés ou des enfants, c’est pas très respectueux envers le monde d’une manière générale. Je me le dis d’ailleurs, c’est plutôt cool de donner et le pull deviendra sans doute le 9/10 de quelqu’un. Mais c’était inutile de l’acheter si je ne l’ai pas porté.

L’idée qui s’immisce de soi, petit à petit c’est que tu achètes différemment. Et en général si tu as un doute sur l’exaltation apportée par un truc que tu as ou qui te tente, c’est que c’est déjà assez pour ne pas le prendre ou le garder.

En résulte une nouvelle manière de choisir. Imagine, tu n’achètes ou ne gardes que ce à quoi tu donnes au moins 8/10 (j’avais lu ça dans l’édito d’un magazine féminin). Ça fait faire du vide ! Et tout ce que tu vois chez toi te plait beaucoup ! Ça allège l’intérieur, l’esprit, l’existence, tout est plus simple.

Et au final tu y gagnes.

  • Richesse

Pourquoi ça te rend plus riche ? Parce que tu gagnes en temps, place, réjouissance.
Tu perds beaucoup moins de temps à te poser des questions auxquelles tu n’as pas toujours de réponse (le futur), à avoir des contrariétés (un truc perdu, cassé), à nettoyer (ça prend la poussière les objets qu’on ne voit même plus), chercher (tout est rangé, à sa place) et dans ton porte-monnaie parce que forcément tu achètes moins tu vas à l’essentiel. Il se peut que tu achètes mieux qu’avant (c’est à dire plus qualitatif, parfois plus cher) mais avec moins la sensation de perdre (dans l’inutile).

En alimentation ou en beauté, oublie les lots sauf si tu es sur/e de les utiliser, mais ce système 5 pour 2, c’est la probabilité de perdre plus que les quelques euros en moins si jamais tu stockes, oublies, rachètes et jettes.

  • Ingrédients du bonheur

Comme l’explique Alain de Botton dans « Les consolations de la philosophie » au sujet d’Épicure (ça me fait d’ailleurs sourire lorsque j’entends -très souvent- une personne dire qu’elle est épicurienne),

Ceux qui avaient entendu les rumeurs devaient être surpris en découvrant les goûts réels du philosophe du plaisir. Il n’avait pas de superbe demeure. Sa nourriture était simple, Épicure buvait de l’eau plutôt que du vin et se contentait pour ses repas de pain, légumes et d’une poignée d’olives. Tels étaient les goûts de l’homme qui affirmait que le plaisir était le souverain bien dans l’existence.

(…) après avoir examiné rationnellement la question, il était arrivé à quelques conclusions frappantes sur ce qui rendait la vie réellement agréable-et, heureusement pour ceux qui ne disposaient pas d’un gros revenu, il semblait bien que les ingrédients essentiels du bonheur, si difficiles à appréhender qu’ils fussent, ne coûtassent pas très cher.

Bonheur : une liste épicurienne d’acquisitions

  • L’amitié
  • La liberté
  • Réflexion

Il est certes improbable que la richesse rende jamais quelqu’un malheureux. Mais le point crucial, dans l’argument d’Épicure, est que si nous avons de l’argent mais une vie sans amis, liberté ni réflexion, nous ne serons jamais vraiment heureux (…).

Ça te parait trop utopique, simplet ? Pourtant repense à de bons moments que tu passés, c’était des trucs simples ou compliqués ? Je ne pense pas qu’il faille fuir le luxe ou les richesses (ce serait mentir) parce contre c’est agréable de se rendre compte qu’on apprécie tout ; le champagne sur le toit d’un hôtel et le petit sandwich que tu as fait avant de partir pour le voyage en train.

Tout ça pour en arriver au:

  • Temps (pour*…)

faire ce que tu as envie
prendre le temps
réfléchir aux prochaines réjouissances
cuisiner
voir des amis
observer la floraison des cerisiers
lire
s’étirer
créer
rêver
danser
faire des incartades
partir en escapade
photographier…

* liste modulable, à toi de voir…

Voilà, mon luxe c’est de pouvoir faire (notamment) tout ça.

Et toi, tu t’y mets?!

« La naissance, la copulation et la mort. Voilà tout ce qui reste quand on en vient aux choses sérieuses », David Hockney.

 

 

 

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